Je passais récemment en revue la couverture médiatique qui avait été faite à l'époque de la création du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme en 2002. Le Forum économique mondial marquera le dixième anniversaire du Fonds lors de la réunion annuelle qui se tiendra à Davos. Au printemps 2002, alors que de nombreuses personnes soutenaient la création d'un nouveau fonds pour s'attaquer à ces trois maladies mortelles, d'autres faisaient également preuve de beaucoup de circonspection, voire de scepticisme, étant donné les objectifs ambitieux que se fixait l'organisation.
Peu après l'appel de Kofi Annan à la création du Fonds en 2001, the Economist avait publié un texte de soutien mais en mettant en garde contre « le risque qu'il soit englouti par la bureaucratie vorace des Nations unies. » Mark Schoofs du Wall Street Journal écrivait que « les organisateurs du Fonds mondial étaient conscients qu'ils devaient se maintenir au plus haut niveau médical et financier, sinon la dotation de presque 2 milliards de dollars promise jusqu'à présent au niveau mondial risquerait de ne pas être reconstituée, et encore moins augmentée. » Dans le même article, l'ancien sénateur des États-Unis (et médecin) Bill Frist en convenait en disant que « beaucoup de choses vont en dépendre. »
Il y a donc lieu de prendre du recul à l'occasion de ce grand moment et de ne pas se contenter de réfléchir à ce qui a été accompli, même si nombreux seront ceux qui citeront cette semaine les statistiques impressionnantes publiées par le Fonds. Il est également important de signaler ce qui n'a pas abouti.
Malgré les avertissements, le Fonds a évité de devenir une institution bureaucratique de plus dont les frais généraux sont élevés et dont les procédures freinent l'innovation. Et le Fonds a instauré des normes extrêmement rigoureuses afin de garantir un haut niveau de responsabilité vis-à-vis de toutes les ressources qu'il contrôle.
Le Fonds mondial est tout simplement devenu le mécanisme sanitaire le plus efficace et le plus complet jamais créé.
Ce que les premiers architectes n'avaient peut-être pas envisagé, ce sont les autres avantages cumulés depuis la création du Fonds. Par exemple, il y a dix ans, le Fonds a permis de compenser l'incapacité des marchés en procurant des médicaments antirétroviraux coûteux à des malades du SIDA vivant dans des pays pauvres. Forte de son trésor de guerre, l'industrie des médicaments contre le SIDA est passée, comme l'indiquait l'ancien président des États-Unis Bill Clinton, d'une « industrie à faible volume et à marge bénéficiaire élevée à une industrie à faible marge bénéficiaire et à volume élevé. »
Le Fonds s'est aussi démarqué par sa volonté de collaborer de façon directe avec le secteur privé. L'un des partenariats les plus réussis dans ce domaine est Product (RED), une initiative qui a permis de collecter 180 millions de dollars pour le Fonds grâce à la vente de produits populaires portant la marque (RED).
Dans cette perspective, je formule trois vœux pour cette année à l'occasion de l'anniversaire du Fonds :
1) Le 31 mai 2002, la France a été la première nation européenne à avoir annoncé l'octroi d'une contribution au Fonds mondial d'un montant de 127 millions de dollars. Afin de marquer cet événement, encourageons la France à accroître son niveau actuel de financement après les élections nationales, quel que soit le vainqueur. Et en signe de solidarité mondiale, veillons à ce que les autres pays du G8 en fassent de même lorsqu'ils se réuniront à Chicago.
2) Toujours en mai 2002, le Comité international olympique a apporté une contribution d'un montant de 100 000 dollars au Fonds afin de manifester son soutien. En utilisant une partie de ses fonds de parrainage lucratifs, pourquoi le CIO ne renouvelle-t-il pas son geste avant les Jeux de Londres (en ajoutant cependant deux « 00 » à la fin, cette fois) ?
3) Afin de symboliser le rôle considérable que joue le secteur privé dans la lutte contre des pandémies mondiales comme le SIDA, la tuberculose et le paludisme, marquons cette année en amenant 12 autres sociétés à rejoindre (RED).