Contraceptifs: Adieu les Ruptures de Stock
Karen Perry
,
Perri Sutton
22 août, 2012
Imaginez que vous soyez une mère de famille qui travaille, que vous ayez deux enfants et en souhaitiez un troisième mais que, pour des raisons de santé, professionnelles ou financières, vous avez décidé d’attendre deux à trois ans avant votre prochaine grossesse.
Vous avez déjà utilisé différentes méthodes de contraception dans le passé et avez considéré que l’anneau vaginal correspondait le mieux à votre métabolisme et à votre style de vie. Vous obtenez une ordonnance et vous rendez à la pharmacie pour vous constituer
une réserve de 3 mois. Démarche relativement simple, n’est-ce pas ? Maintenant imaginez que toutes les pharmacies du voisinage soient en rupture de stock d’anneaux vaginaux. Par ailleurs, il s’avère que cette rupture de stock est en fait nationale et il se
pourrait bien que plusieurs mois ne se passent avant qu’ils ne deviennent disponibles. Vous retournez à contrecœur chez votre médecin qui vous rédige une ordonnance pour la pilule, et reprenez le chemin de la pharmacie. Ô surprise ! Ils sont également à court
de pilules contraceptives et il s’avère qu’il y a une rupture de stock à l’échelle du pays. Le pharmacien hausse les épaules et vous oriente vers ce qu’il peut vous proposer à la place : des préservatifs.
Si ce scenario peut paraître peu crédible pour une femme vivant aux Etats-Unis par exemple, c’est pourtant une réalité à laquelle sont confrontées quotidiennement les femmes des pays pauvres. Les méthodes contraceptives les plus efficaces et les plus appréciées
des femmes sont en constante rupture de stock dans les cliniques, les hôpitaux et les pharmacies.
Prenons le cas du Sénégal. Nous avons appris l’an dernier que les implants et les contraceptifs injectables étaient respectivement en rupture de stock de 83% et 42% par an en moyenne dans les centres de santé publique et les hôpitaux (où la grande majorité
des femmes se rendent pour des besoins de planification familiale). Il s’agit des deux méthodes de contraception que les femmes demandent le plus. Ne trouveriez-vous pas intolérable que, des deux méthodes de contraception qui vous conviennent le mieux, aucune
ne soit accessible ? Moi, si.
Fort heureusement, la Ministre de la Santé, Dr. Awa Marie Coll-Seck, s’est engagée à faire de ces questions l’une de ses priorités, en se fixant pour objectif de résoudre les problèmes consécutifs aux ruptures de stock et de veiller à ce que les femmes aient
accès à toutes les options de contraception existantes. A l’occasion du Sommet de Londres sur la planification familiale du 11 juillet dernier, Dr. Awa Marie Coll-Seck a ainsi annoncé auprès de la communauté internationale qu’elle augmenterait de 200% la part
du budget national allouée aux contraceptifs et qu’elle doublerait celle dédiée aux services de planification familiale. Par ailleurs, elle travaille avec son administration à affiner un plan d’action pour la planification familiale, dont l’un des piliers
consiste à réformer la chaine d’approvisionnement en contraceptifs pour mettre fin aux ruptures de stock.
Ce plan semble ambitieux, mais sera-t-il suivi d’effet ? La stratégie de la Ministre est en tout cas bien définie, et elle s’appuie sur un premier succès.
Un projet de modèle de distribution de contraceptifs, dénommé localement « pousse pousse » a permis à la Ministre de bénéficier de toutes les informations dont elle a besoin pour mettre fin aux ruptures de stock. Le modèle est inspiré du secteur privé et
ressemble à s’y méprendre au système classique utilisé pour stocker les paquets de bonbons ou de chips dans des distributeurs automatiques.
En deux mots, un chauffeur se rend régulièrement à chaque point de vente avec un camion rempli de contraceptifs, alimentant le stock et enregistrant les quantités de produits écoulés. Les données recueillies par le chauffeur sont utilisées pour s’assurer
qu’il existe un stock suffisant de produits dans l’entrepôt et dans chacun des sites de distribution, identifier quels sont les produits les plus demandés et les sites les plus fréquentés, et préparer les fabricants à adapter leur production à la réalité de
la demande.
Au Sénégal, sous l’impulsion du département de la santé reproductive du Ministère de la Santé, ce modèle a été testé sur un nombre de sites présélectionnés au cours des six derniers mois. Les résultats sont impressionnants. Non seulement les ruptures de
stock ont disparu sur l’ensemble des cliniques couvertes par le programme mais la distribution des différents contraceptifs a augmenté de façon significative. La demande en DIU (Dispositif intra utérin) a augmenté de 100 pourcent, celle en contraceptifs injectables
de 74 pourcent, la distribution de pilules (contraception orale) de 63 pourcent ; enfin la demande en implants a bondi d’un pourcentage invraisemblable de 1250 pourcent.
On peut également relever un autre aspect particulièrement saisissant de ce modèle de distribution basé sur la demande : c’est la première fois qu’au Sénégal les autorités locales, régionales et nationales ont connaissance des quantités et types de contraceptifs
demandés et distribués.
Cette information est particulièrement utile pour optimiser les performances du système de santé dans l’administration de services de qualité en matière de planification familiale. Par exemple, une fois le programme pilote lancé, il est apparu que les femmes
ne recevaient pas d’implants à un centre de santé en particulier, en dépit de la popularité de cette méthode dans les centres environnant. Le coordinateur du district a alors rendu visite à ce centre de santé, et a rapidement identifié que la sage-femme responsable
des services de planification familiale ne maitrisait pas la procédure de pose d’implants. Le coordinateur a été en mesure de répondre à cette déficience en prodiguant une formation à cette sage-femme. Peu de temps après, cette clinique fournissait des implants
à un taux comparable aux centres de santé les plus performants.
Ainsi, ce modèle permet d’offrir des renseignements précis et en temps opportun, qui favorisent la compréhension de la
demande réelle c’est-à-dire la demande observée quand les femmes portent leur choix sur la méthode de contraception qui leur conviennent le mieux, sans être influencées par la disponibilité ou non de cette méthode.
Lorsque ce système sera élargi à l’échelle du pays, le Sénégal pourra se fier aux estimations nationales de la demande de chacun des produits. En conséquence, la Ministre de la Santé sera en mesure de : 1) passer des commandes permettant d’assurer l’approvisionnement
du pays en quantités suffisantes, 2) veiller à ce que les quantités adaptées de contraceptifs soient livrées et entreposées là où elles seront utilisées, 3) assurer la présence de l’ensemble des produits dans les armoires des centres de santé, 4) permettre
aux femmes d’accéder à la méthode contraceptive qu’elles souhaitent, quand elles le souhaitent.
Chaque femme a le droit de décider si elle veut, quand elle veut, et combien elle veut d’enfants. La Ministre de la Santé du Sénégal montre la voie de manière audacieuse en offrant aux femmes de son pays cette opportunité de sauver des vies.